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Les relais postaux, un réseau serré de stations et de services

Par Geneviève Lacroix

La liaison impériale Innsbruck-Malines fête ses 500 ans !

L’information, c’est le pouvoir. Mais comment communiquer à distance avant l’électronique ? Et même avant l’électricité ? Il nous est devenu difficile de concevoir les complications que rencontraient nos aïeux pour faire passer des messages avant la naissance des télécommunications qui nous sont devenues si banales. intoHistory vous plonge dans les premières années de la poste et de ses relais postaux, à l’occasion des 500 ans de création, par Charles Quint, d’une route postale impériale Innsbruck-Malines-Bruxelles par le nord du Luxembourg. Il ne vous reste qu’à enfiler vos « bottes de sept lieues » !

Relais postaux et leur histoire

Le relais-postal d’Asselborn, récemment sauvé de la ruine, a aujourd’hui retrouvé sa fonction d’auberge sur l’ancienne route postale Innsbruck-Malines-Bruxelles © intoHistory

Communiquer, à tout prix

Histoire des relais postaux en Europe

Le soldat de Marathon mourut après une course de 42 km pour annoncer la victoire sur les Perses – Jean-Pierre Cortot, Musée du Louvre

Un premier cas de communication intéressant remonte à l’Antiquité grecque. Pour transmettre un document secret à un de ses généraux, un souverain aurait fait tatouer le message sur le crane rasé d’un coursier, qui put prendre la route une fois que ses cheveux eurent repoussés. Pratique ? Généralisable ?
Il y a aussi l’histoire du coursier Phidippidès, qui au 5e siècle avant notre ère, selon l’historien grec antique Hérodote, aurait couru d’Athènes menacée par la flotte perse à Marathon, vers la ville de Sparte distante de 220 kilomètres, pour demander une aide urgente. Ce bel exploit a été par après confondu avec une course comparable pour annoncer la victoire remportée à Marathon aux Athéniens, mais sur une distance de “seulement” quarante-deux kilomètres. Le marathon sportif très en vogue actuellement, créé lors des premiers Jeux Olympiques modernes en 1896, s’en inspire directement.

Le courrier court

histoire des relais postaux en Europe

Les coursiers romains gardaient souvent la même monture, ne sachant pas si ils allaient en trouver une à l’étape suivante, ce qui ralentissait le service (en raison de la fatigue de l’animal) – Canterbury Roman Museum © Storye Book

Le transport d’information, précieux mais risqué, ne peut se faire qu’avec des hommes de confiance. Les coureurs de l’Antiquité vont être secondés – mais non remplacés – par des chevaux dès la mise en place d’une structure étatique de quelqu’ampleur. Sous l’empereur Auguste, l’empire romain est déjà très étendu, centralisé, polyglotte et sa gestion est complexe. Un “cursus publicus”, un réseau de points où sont basés des coursiers, puis des voitures, établis à distance régulière sur les routes principales de l’empire, est un des instruments les plus efficaces de la Pax romana, et de la stabilité de l’empire sur plusieurs siècles. Les points de chute tiennent à la fois de la taverne, de l’auberge, de la forge de campagne et de l’écurie. On y voit passer des militaires, des fonctionnaires en déplacement, des agents fiscaux, et beaucoup, beaucoup d’informations et de renseignements entre l’administration de la capitale, les agents en province, et les légions aux frontières. Le service est officiel, étatique, et ne peut qu’exceptionnellement être utilisé par des particuliers.

Avant LA poste : LE poste, un lieu où se repose le cheval

Toute les institutions, toutes les administrations, ont besoin de ce type de réseau, inspiré du système romain. Ainsi le pape et les souverains du Moyen-Age possèdent-t-il de nombreux messagers. Quelques initiatives privées voient le jour, comme le réseau propre de l’Université de Paris au 12e siècle. Puis un particulier, Omedeo Tasso, un bergamasque de la fin du 13e siècle, organise un système pour faire circuler du courrier en Lombardie. La bonne santé et l’efficacité des chevaux sont essentielles. Ils sont logés dans les écuries, chacun dans une “posta”, le terme italien qui désigne une stalle, que nous appelons “box” aujourd’hui.

Fidèle au poste

Histoire des relais postaux en Europe : bottes de postillon

Les bottes de postillon, spécialement renforcées pour pouvoir protéger les jambes du cavalier en cas de chute, étaient directement fixées aux étriers, sur les flancs du cheval © auteur inconnu

Le roi de France Louis XI, grand négociateur et centralisateur de son Etat, crée dès 1477 un système de poste royale sur tout le territoire. Des relais sont établis à distance régulière, des chevaux et des postillons y sont « postés » dans l’attente d’une mission, d’un document ou d’un colis à faire suivre vers le relais suivant.
Les relais étaient espacés de 4 à 7 lieues (environ 4 kilomètres), une distance bien connue d’un certain Chat Botté, selon le conte de Charles Perrault.

La famille de (Thurn und) Taxis, des entrepreneurs au service de l’empereur

histoire des relais postaux en Europe : Francesco de Tasso

Francesco Tasso est nommé « Maître des postes » par le Roi de Castille et organise le premier service postal européen © Museo dei Tasso e della storia postale

La famille d’Omedeo Tasso a bien prospéré depuis la création d’un premier réseau de courrier en Lombardie. En 1490, son descendant Francesco Tasso, basé à Innsbruck, dans le Saint-Empire Romain Germanique, se voit confier par l’empereur Maximilien Ier de Habsbourg, archiduc d’Autriche puis empereur du Saint-Empire, la tâche d’organiser un réseau postal impérial. Le territoire de l’empire couvre à l’époque l’équivalent de l’Autriche, de l’Allemagne, de la Bourgogne, du Benelux et du nord de l’Italie. Rien de moins. Les communications hors de l’empire sont régulières avec les villes de Rome, Naples, la France et l’Espagne.
Francesco Tasso est nommé « Maître des postes » par le Roi de Castille et de Leon Philippe le Beau, fils de Maximilien, aux premiers jours du 16e siècle. Sa fonction lui permet de vérifier ce qui transite par ses relais, de censurer si nécessaire, et d’éviter toute concurrence privée.

Le réseau ne cesse de croître, en raison du monopole impérial dont il bénéficie, son potentiel de développement est important. Peu à peu, le courrier privé est accepté, car il est rémunérateur.

intoHistoryA cette époque, c’étaient généralement les destinataires des courriers qui payaient la taxe au service postal impérial.

Francesco Tasso est finalement anobli par l’empereur, qui tient beaucoup à s’attacher définitivement ce grand organisateur aux responsabilités délicates et vitales pour l’administration et la diplomatie de l’Empire. La famille adopte le nom plus germanique de Thurn und Taxis. François de Taxis devient citoyen de Bruxelles, une ville centrale dans l’organisation de l’empire. Il s’installe au Sablon, un quartier nouveau et très chic de l’époque.

Histoire des relais postaux en Europe

Plaque commémorative appliquée sur l’ancienne résidence de François de Taxis dans le quartier du Sablon, au cœur de Bruxelles © Jean Houben

A deux pas du canal de Bruxelles, de vastes prairies permettaient aux chevaux de brouter et de se reposer entre deux missions. Les prairies seront peu à peu sacrifiées au profit d’entrepôts, de services postaux et douaniers. Le site de Tour et Taxis en est une réminiscence.

Le Royal Mail

Histoire des relais postaux en Europe

C’est en Angleterre qu’apparaîtra le premier timbre-poste, dès 1840 : le « Penny Black », à l’effigie de la reine Victoria

Le 16e siècle est propice au développement des grandes communications, des grands états et des empires naissants.
En 1516, le roi d’Angleterre Henri VIII crée la fonction de Master of the Posts, la clef de voûte du futur Royal Mail.
Le service postal royal est ouvert à la correspondance privée en 1635, par le roi Charles 1er.

Du coche à la malle-poste

De plus en plus de voyageurs prennent l’habitude d’utiliser aussi les routes postales, pour pouvoir suivre les postillons et profiter des chevaux frais qu’ils louent dans les relais postaux. Lamoral de Tassi, un descendant de Francesco Tasso, crée au 17e siècle les premiers « coches de diligence », qui transportent à la fois des lettres, des colis et des personnes. Petit-à-petit, les relais postaux s’équipent pour offrir aussi le gîte et le repas à ces hôtes d’un soir (voir notre article sur l’histoire des auberges).

Histoire des relais postaux en Europe : Saint-Fargeau

Les malles-postes, dont l’usage se généralise au 19e siècle, sont nettement plus confortables que les anciennes diligences, comme peuvent s’en rendre compte les visiteurs du Château de Saint-Fargeau © Château de Saint-Fargeau

Les métiers de postillon et de maître de poste

Les postillons sont attachés à un relais postal. Ils parcourent tous les jours le trajet jusqu’au relais suivant (+/- 28 km), puis reviennent à leur base en emportant le courrier qui voyage dans l’autre sens. Ainsi, les messages sont pris en charge d’un relais à l’autre quasi sans délai d’attente, sur des montures fraiches. Les postillons étaient bien couverts, pour résister aux intempéries. Ils étaient souvent armés, car le contenu de leur malle à courrier suscitait bien des convoitises. A côté des missives diplomatiques et militaires voyageaient aussi des factures, effets de commerce et autres reconnaissances de dépôt…

Histoire des relais postaux en Europe

Le respect de l’horaire était tellement important que même l’Eglise dispensait les postillons d’assister à la messe dominicale, pour ne pas retarder l’acheminement du courrier © Ville de Saumur

A l’étape, le maître de poste veille sur les sacs postaux (scellés) et gère le service des postillons. C’est lui qui s’assure aussi de la bonne santé des chevaux et petit-à-petit de l’accueil des voyageurs. Sa charge, officielle, fait l’objet d’une adjudication publique. Les maîtres de poste jouent un rôle important dans la vie de la communauté. Ils possèdent des terres et des privilèges. Certains deviendront maires.

Histoire des Relais postaux en Europe : Gasthaus Zur Post

Le relais postal la Gasthaus Zur Post à Ladbergen en Allemagne est un édifice important sur la route Munster-Osnabruck au 17e s. Il est resté aujourd’hui un hôtel-restaurant © Gasthaus Zur Post

Pourquoi la poste a-t-elle comme emblème un cor ?

Histoire des relais postaux en Europe : premier blason de Taxis

Les premières armes de la famille Tasso (« blaireau » en italien), au heaume surmonté d’un cornet sur fond jaune

Au 12e siècle, la confrérie des bouchers de plusieurs états germaniques, les « Metzger », mit en place un service postal dont les messagers prirent l’habitude de s’annoncer au son d’une corne animale : au son du cor, les portes de la ville s’ouvrent, les passants dégagent le chemin et le postillon suivant peut se préparer à prendre le relais.
Une habitude qui allait s’imposer dans les siècles suivant, ainsi qu’en témoignent les anciennes armoiries de la famille Tasso, surmontées d’un cor. La plupart des postes nationales, encore à l’heure actuelle, ont choisi un cor comme emblème de leur fonction et de leur enracinement historique, gage de crédibilité et d’héritage prestigieux.

Et pourquoi les taxis sont-ils jaunes?

Les postillons, puis les coches de diligences portent forcément les armes et les couleurs du Saint-Empire, dans une logique visuelle fondamentale en des temps ou l’illétrisme était courrant. Les armes de la famille de Thurn und Taxis sont elles aussi largement dotées de jaune, une couleur rare dans le système de valeurs de l’ancien Régime, voyante et aisée à repérer. Dans la plupart des pays, les voitures à louer avec chauffeur pour de petits déplacements sont encore et toujours appelés des taxis et portent la couleur jaune, majoritaire ou non.

Histoire des relais postaux en Europe : car-Alpine-Suisse

En Suisse, les cars postaux – jaunes – sont restés souvent le seul lien régulier public vers de petits villages de montagne. Ils transportent le courrier, mais sont aussi empruntés par des voyageurs et les randonneurs

Les parcours changent, non sans impact sur la vie économique des bourgades traversées

Les réseaux doivent constamment évoluer. De grands axes permettent de relier des villes importantes, mais les guerres, les crises économiques, le déclin ou l’essor des villes poussent à modifier sans cesse la carte des relais. Ainsi, la route sur laquelle se situe le relais-postal d’Asselborn, au nord de l’actuel Grand-Duché de Luxembourg, est-elle délaissée à la fin du 17e siècle au profit d’un nouvel itinéraire par la ville-forte de Luxembourg.

Histoire des relais postaux en Europe : Asselborn

Le relais-postal d’Asselborn a aujourd’hui retrouvé sa fonction d’auberge. Ses chambres et son délicieux restaurant sont décorés sur le thème de la poste. Un musée des écritoires complète le décor. Un lieu magique à découvrir pour les passionnés de communications ! © intoHistory

 

Que reste-t-il des relais postaux ?

Leur histoire a toujours été au centre de multiples aventures… avant qu’ils ne perdent de leur prépondérance dans les déplacements des personnes et des courriers. Certains relais ont poursuivi une partie de leur activité, sont devenus des restaurants, comme le Vieux Spijtigen Duivel, qui aurait accueilli l’Empereur Charles Quint et aime à se dire « le plus viel estaminet de Bruxelles », sur la chaussée qui relie encore Bruxelles et Alsemberg.
Quelques uns se sont mués en hôtels à part entière, comme la Gasthaus Zur Post à Ladbergen (Allemagne), l’Hostellerie de la Poste à Avallon ou le relais de Robertville (Belgique), construit en 1738.

Histoire des relais postaux en Europe : Avallon

L’Hostellerie de la Poste à Avallon (Bourgogne – France) est un bel exemple de relais postal du 18e siècle, toujours affecté à l’accueil des voyageurs © Hostellerie de la Poste

Livres conseillés

  • “Le Relais postal d’Asselborn”, par Lucie Krier
    Histoire du courier international au Luxembourg, compte-rendu documenté des recherches d’archives effectuées au sujet du Relais postal d’Asselborn et description illustrée des travaux de rénovation du site. Un ouvrage à mi-chemin entre un dossier scientifique et une plaquette de vulgarisation, qui se laisse lire avec curiosité une fois sur place.
  • “Le Postillon”Histoire des relais postaux en Europe : Le Postillon, par Joëlle Savey (bande dessinée)
    Série historique des années 1990, due au talent de la scénariste et dessinatrice française Joëlle Savey, autour de la vie de J. Bourrache, postier à l’ère où commencent à chanceler les Empires. L’histoire se passe en France et décrit avec justesse le mille facettes du métier.

Visites recommandées

La chapelle familiale Tour et Taxis, à Notre Dame du Sablon à Bruxelles

Le Museo dei Tasso e dell storia postale à Camerata Cornello, dans la région Lombardie en Italie

Le Musée des Postes restantes, à Hermalle-sous-Huy en Belgique

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