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Manoir de La Peylouse – Béthune

La maison et son histoire

S’endormir dans les pages d’une bibliothèque vivante, havre d’humanisme derrière le front de 1914-18

Cénacle international de haut-gradés et d’écrivains durant la Première Guerre, La Peylouse concentre les histoires. Pour vous les raconter, Didier Rousseau, votre hôte, éditeur et humaniste, passionné par cette demeure aux mille murmures et le très beau parc qui lui sert d’écrin. Jardinier de l’âme, il vous introduira dans l’épaisseur de ce haut-lieu de mémoire, avec l’érudition d’un grand curieux, la créativité d’un mécène, la gourmandise d’un gastronome et la simplicité d’un conteur. Les chambres qu’il vous propose sont toutes singulières, mélange de confort raffiné, d’objets à raconter et d’hommages discrets au passé. La vie est belle, à La Peylouse, et son calme d’autant plus inspirant qu’il tranche avec la fureur et le bruit qui un jour l’encerclèrent…

La Peylouse Manor Saint-Venant

Un rendez-vous avec l’histoire et ses non-dits, touchante parce que tendue entre tragédie et poésie, mais apaisante parce que réconciliée… © La Peylouse © Crea-Flandres

Entre briques lie de vin et chaises tigrées

Au premier regard, La Peylouse ressemble à de nombreux autres manoirs de la fin du 19e siècle. D’inspiration flamande, sobre et discret, il est difficile d’imaginer le grand raffinement de ses décors intérieurs. Car la demeure est conçue comme une vraie villa de plaisance à la Belle Epoque (1877). Ses moulures délicates, ses faux marbres luxuriants, ses lustres et ses grands miroirs, ses lambris et ses ornements Art nouveau sont toujours en place, admirablement patinés. Pour enrichir l’éventail chromatique de ce cadre chargé de souvenirs, Didier Rousseau et sa famille ont sélectionné un mobilier design, millésimé 20e siècle. Parce qu’une maison ancienne doit continuer à vivre pour ne pas se momifier.

La Peylouse Saint-Venant

De toutes les pièces du manoir, ce salon affiche la plus grande liberté stylistique, avec ses créations design et ses œuvres d’art extraverties, comme pour pousser les murs à abandonner leur réserve et empêcher l’histoire de se figer dans ses soupirs… © La Peylouse

Une frontière au milieu du jardin

Autant la maison évoque les 150 dernières années, autant le parc de La Peylouse peut-il s’enorgueillir d’une histoire beaucoup plus ancienne. Celle d’une ville du Moyen Age, Saint-Venant, lieu de pèlerinage depuis que son saint patron y a guéri miraculeusement la sœur de Charlemagne. Ville frontière aussi, car la Lys, qui coupe en deux la propriété, a longtemps séparé la Flandre et l’Artois. Deux territoires qui n’ont pas toujours été alliés, comme à l’époque où Louis XIV déclare la guerre à l’Espagne, qui règne aux Pays-Bas. Le maréchal de Vauban fortifie alors Saint-Venant d’une double enceinte et l’intègre dans le « Pré carré », le maillage de défense du nord de la France (1669). Le bastion principal de ces fortifications, bien que rasé aujourd’hui, détermine encore le contour pointu du parc du manoir, entouré d’eau.

Saint-Venant 1710

La place forte de Saint-Venant, dessinée par Vauban, encerclée par les troupes du Prince d’Orange en 1710

Quand l’Artois parlait l’anglais

C’est durant la Première Guerre que le cœur de La Peylouse a dû battre le plus fort. Le souvenir qu’elle transmet de cette période est aussi le plus troublant. L’histoire de rencontres improbables entre officiers supérieurs et hommes de lettres de nationalités différentes, éprouvés par la proximité du feu. Tête-à-tête empreints de bravoure militaire, de tristesse indicible et d’humanisme profond.

En 1914, l’avancée allemande est fulgurante, mais la France, la Belgique et l’Angleterre résistent : le front se stabilise à douze kilomètres de Saint-Venant. Les soldats s’enterrent dans les tranchées et leurs officiers réquisitionnent les demeures des environs pour y gérer les manœuvres des troupes. Un premier détachement anglais s’installe au manoir, car la ville devient un important carrefour logistique et médical. Le maréchal Douglas Haig y séjournera alors à plusieurs reprises.

Armée des Indes Britanniques

Soldats de l’Armée des Indes Britanniques près de Saint-Venant

L’état-major de l’Armée des Indes Britanniques occupe les lieux l’année suivante. 100.000 soldats indiens, répartis par castes, sont dispersés autour de la ville, terriblement choqués par cette guerre de position, boueuse et glacée. Ils céderont leur place à l’Académie militaire anglaise en 1916, qui suit de près l’effroyable évolution des techniques de destruction. Le manoir devient « l’école des mortiers » du Maréchal Haig.

Le vaillant Corps Expéditionnaire Portugais installe à son tour son quartier-général à La Peylouse, lorsqu’il rejoint la zone des combats l’année suivante. Ses hommes résisteront avec un grand courage à l’offensive allemande de la Lys en 1918, qui frappe Saint-Venant de plein fouet. Epargnée, par Dieu sait quel miracle, la maison se retrouve pour un temps en no man’s land.

Corps Expéditionnaire Portugais en 1918

L’armée portugaise restera au front pendant plus de six mois, sans jamais être relevée…

Bouillonnement de vie et de créativité, à quelques kilomètres des tranchées

Durant les premières années du conflit, la demeure est juste assez éloignée du front pour que les militaires s’y sentent en sécurité. On y vit presque comme dans un manoir anglais. Le plus possible comme chez soi, en réalité, pour oublier la guerre et ses atrocités. Parce que les êtres humains s’accrochent à la vie, que les arbres continuent à grandir, les fleurs du jardin à s’épanouir, les bateaux de la Lys à naviguer entre les champs. On trouve même le temps d’accueillir à La Peylouse des chefs d’Etat et d’organiser des chasses dans la grande forêt de Nieppe (qui approvisionne le corps expéditionnaire britannique en bois de soutènement pour les tranchées).

Daniel Halevy

Daniel Halevy, par Edgard Degas

Parmi les officiers qui se croisent à Saint-Venant, se retrouve un intellectuel français, Daniel Halévy, qui est détaché comme interprète chez les Anglais. Pétri de culture artistique, cet ami de Proust, Degas, Séguy et Dreyfus évoquera à plusieurs reprises son séjour à La Peylouse et Saint-Venant dans ses écrits. Il deviendra par la suite directeur d’édition chez Grasset, où il révélera des écrivains aussi talentueux que Cocteau, Malraux, Mauriac ou Montherlant.

Siegfried Sassoon

Sigfried Sassoon, surnommé « Mad Jack » au combat

Deux ans plus tard, c’est le valeureux capitaine britannique Siegfried Sassoon, dont les recueils de poèmes sur la Grande Guerre ont ému des millions de lecteurs, qui rejoint Saint-Venant, directement menacé par les Allemands. Il y est spécialement touché par la beauté du parc de la maison, oasis de vie au cœur de l’enfer. Il entretient à cette époque de nombreux contacts avec d’autres écrivains de guerre, qui tentent de mettre en mots – ô combien poignants – ce cauchemar absurde qu’ils vivent jour et nuit, leur révolte, leur haut-le-cœur et leurs espoirs infinis…

Du kaki au vert-de-gris

1940, l’Europe est à nouveau en guerre. Foudroyante comme un éclair. Les fusiliers anglais en position à Saint-Venant sont brutalement confrontés aux divisions allemandes qui cherchent à encercler Dunkerque. Les combats se déroulent dans le parc et les salons mêmes de La Peylouse. Victorieux, les attaquants transforment le manoir en Kommandantur. La bibliothèque est à nouveau remplie d’hommes en uniforme.

La Peylouse Saint-Venant 1940

Exposition à La Peylouse d’armes et de matériels militaires remontant aux combats de 1940 à Saint-Venant © Webmatters

De façon inattendue, la maison héberge aussi durant le conflit plusieurs officiers de l’Armée de Libération Russe (dite Armée Vlassov), déterminée à combattre le régime soviétique aux côtés de l’Allemagne. Ce corps de volontaires, constitué de Russes blancs ayant fuit la révolution de 1917 et de prisonniers de guerre acquis à la cause, n’a rien à faire dans la région. Mais le Führer se méfie de leur patriotisme et préfère les tenir à l’écart du front de l’Est…

Creuset d’inspiration pour les créateurs

La Peylouse Saint-Venant

© La Peylouse Saint-Venant

L’hospitalité est resté une des vocations de La Peylouse, merveilleusement entretenue par Didier Rousseau et sa famille. Son message de paix a survécu à tant de périodes d’hostilités qu’il inspire aujourd’hui de nombreux auteurs et artistes. Le manoir propose même, dans l’ancienne poudrière de la citadelle, une résidence collective pour permettre aux créateurs de labourer de leur plume ou de leur pinceau cette terre meurtrie par les dévoiements belliqueux de l’humanité.

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Équipements

  • 2 suites (avec salon) et 2 chambres (classique, Art nouveau, Art Déco et Design)
  • Salle de bains privative, bain à bulles (dans certaines chambres), wifi, bouilloire
  • Petit déjeuner gourmand (inclus)
  • Salon, riche bibliothèque, terrasse
  • Parc de 3 hectares, avec étang
  • Prêt de vélos, barques sur l’étang ou sur la Lys, tennis de table, pêche aux brochets… et farniente au jardin
  • Résidence d’écrivains et d’artistes
  • Restaurant gastronomique à 3 km
  • Langues parlées : français, anglais (+ portugais, néerlandais)
  • Villes les plus proches : Arras (30 km), Ypres (34 km) et Lille (36 km)
  • Parking privé
  • Aéroport de Lille : 40 km
  • Gare de Hazebrouck : 10 km
  • Transports en commun : bus
  • Non-accessible aux moins valides
  • Familles et enfants bienvenus
  • Animaux de compagnie non acceptés
  • Espace non-fumeurs

À voir dans les environs

 

La Peylouse Saint Venant

© La Peylouse

Pas question de séjourner à La Peylouse sans profiter de ses admirables jardins, aux arbres centenaires et aux essences rares. Balades, farniente, pêche et surtout, lecture à l’ombre d’un parasol font partie des plaisirs à savourer sur place. Avec un verre de vin de Bujan, le vignoble familial sur les coteaux de la Gironde. Inutile d’apporter un livre avec vous : la bibliothèque du manoir aligne des centaines d’ouvrages en lien avec l’histoire du site ou la littérature (française et anglaise) du début du 20e siècle.

Manoir de La Peylouse Saint-Venant

Le parc de la propriété au printemps © Manoir de La Peylouse

Les amateurs de navigation intérieure apprécieront les sorties sur le Canal de la Lys, juste derrière la propriété.

La Lys à Saint-Venant

A proximité, le musée du Louvre-Lens présente une sélection admirable de chefs-d’oeuvre artistiques, de toutes les époques et de toutes les cultures, en dialogue les unes avec les autres. Des expositions temporaires remarquables y sont régulièrement organisées en parallèle.

La-Peylouse-Saint-Venant-56Bien sûr, La Peylouse est idéalement située pour effectuer un pèlerinage sur les champs de bataille et aux mémoriaux de la Grande Guerre. Arras, Ypres, Vimy, Neuve Chapelle, Armentières, Fromelles, Bailleul… et tant d’autres lieux de mémoire jalonnent les routes des environs.

Dans un tout autre registre, la région invite aussi à la découverte des Beffrois d’Artois et de Flandre, classés patrimoine mondial. Symboles des libertés civiles, ils affichent par leur élancement leur affranchissement du pouvoir seigneurial et religieux.

Pour les gastronomes enfin, deux restaurants exceptionnels à quelques kilomètres à peine, tellement fins qu’on y vient de très loin pour se délecter des trouvailles culinaires de leurs chefs, Marc Meurin et Thierry Wident.

A lire, regarder ou écouter

L’Europe brisée, ainsi que War Poems et Picture Show ont été directement inspirés par le séjour de Daniel Halévy et de Siegfried Sassoon à Saint-Venant. La Peylouse constitue aussi le décor principal d’un roman, écrit sur place, Os Olhos de Tirésias, de Cristina Drios (en portugais), ainsi que de A Fihla do Capitao, du journaliste et présentateur du Journal TV José Rodrigues Dos Santos (également en portugais).

 

 

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Authenticité historique
Cadre et atmosphère
Qualité de l accueil
Niveau de confort

19e siècle Manoir Maison/Chambres d’hôtes 100-150€/chambre

Rendez-vous avec l'Histoire

Manoir de La Peylouse
Didier Rousseau
23, rue du 8 Mai
62350 SAINT-VENANT
France
T +33 3 21 26 92 02
F +33 3 21 64 22 26
Site web du manoir

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